Roark

BOBOSHANTI FORTRESS

WORDS BY KARINA PeTRONI

Nous quittons Kingston en direction de Bull Bay, la patrie de Shama et Ivah. Nous grimpons de pentes abruptes et des routes sinueuses. Tout le long de la route, les gens nous sourient et semblent heureuses de nous voir passer chez eux. Tout à coup, nous croisons un homme âgé perché sur l’herbe tel un belvédère, turban autour de la tête, qui nous fait signe de la main de tracer notre route ?

Roark - Boboshanti Fortress

Il ne lui manquait qu’un fusil semi-automatique pour avoir l’impression d’entrer dans le camp d’une armée rebelle. Au contraire : nous nous dirigeons vers le camp de BoboShanti, l’un des plus célèbres camps Rastafari de toute la Jamaïque, et certainement le plus orthodoxe. Nos pneus tournent sur la route boueuse et graveleuse qui nous amène face à un très grand mur de bois fermé par une massive porte rouge, or et verte ornée d’étoiles noires. Nous surplombons le paysage de Bull Bay et 9-Mile Beach. Nous approchons de la porte à bord de nos véhicules et un homme sort pour vérifier nos identités. Luke le salue d’un grand « Rahspec ! », met sa main sur son cœur et résume ce qui sera le crédo de notre voyage : « Give thanks and Praise » (Remercie et loue).

Nate Zoller - Boboshanti Fortress, Jamaica
Roark - Boboshanti Fortress, Jamaica
Roark - Boboshanti Fortress, Jamaica

Nous franchissons le portail et nous arrêtons au fur et à mesure que le portier approche tel un agent des douanes à l’aéroport. Il inspecte notre équipe et bloque sur mes jambes nues dépassant de mon short. « Yah mus covah yah legs » (Vous devez couvrir vos jambes). Jah soit loué, j’ai pu trouvé un sarong qui devint mon uniforme pour la fin du voyage. « Yah mus covah yah head » (Vous devez couvrir votre tête). Je noue un t-shirt autour de ma tête et je le vois revenir, sourire aux lèvres, m’apportant ce qui ressemble à une petite nappe verte. Il se mit alors à enrouler méticuleusement le tissu pour qu’aucune mèche ne soit visible. Quel service ! Un peu comme avoir son propre styliste même si le look est unique ici pour les femmes : une version plus colorée d’une nonne.

Karina Petroni - Boboshanti Fortress, Jamaica

Maintenant que je porte la garde-robe appropriée, nous avançons dans le camp : il devient évident qu’il n’y a pas d’autre femme. Ma seule supposition est que Dame Nature rendait visite à toutes les « Impératrices » et qu’elles devaient alors se cacher. Nous marchons à travers le camp, humble et rustique mais impeccablement propre comme un musée rendant hommage aux Rastas. On trouve beaucoup de photos de Sa Majesté, l’Empereur Hailé Sélassié I. Nous inscrivons nos noms dans le livre d’or, expliquons d’où nous venons et préparons ensuite la prière de bienvenue. Tout d’abord, nous devons vider tous les objets matérialistes de nos poches, car il est interdit de toucher des objets étrangers autres que vos vêtements. Les hommes doivent mettre leurs mains en contact avec leurs doigts et les éloigner de leur corps. Les femmes, ou juste moi, doivent mettre la main gauche sur le cœur. Nous devons tous faire face à l’ouverture de la porte.

Roark - Boboshanti Fortress, Jamaica

La prière est dite par l’un des chefs de camp ; douce, courte et significative. Un fois la prière terminée, nous assistons à un tour du camp, spirituel et rustique.

Nous nous rassemblons dans la zone de rassemblement principale pour observer quelques-uns des chefs du camp interpréter des Niyabinghi, chants traditionnels forts, profonds, percutant incarnant les temps de lutte.

Roark - Boboshanti Fortress, Jamaica
Roark - Boboshanti Fortress, Jamaica
Roark - Boboshanti Fortress, Jamaica
Roark - Boboshanti Fortress, Jamaica

La musique et la leçon qu’elle prêche nous font comprendre que ces Rastas ne sont pas satisfaits de la musique reggae et ne sont pas aussi fan de Bob Marley que vous et moi. Bob a-t-il tout faux ? Était-ce un blasphème similaire à la façon dont Ray Charles s’est approprié le gospel pour en faire du rhythmn and blues ? Pour preuve, la vraie musique rastafari est à 6 temps quand la plupart des reggae sont à 4 temps.

La pluie commence à tomber accompagnant le battement sourd du tambour à peau de chèvre et quelques rayons de soleil traversent les minuscules trous du toit en tôle ondulée. Les enfants se rassemblent, petits et beaux avec des grands yeux bruns innocents. Tous portent des turbans colorés autour de leur locks. Un fois la représentation musicale terminée, les enfants nous conduisent sur un sentier qui relient les campements ensemble. Certains grimpent aux arbres et nous jettent des petites prunes sucrées. Aucun autre accueil n’aurait pu être aussi hospitalier que celui que nous ont réservé ces enfants aux sourires radieux. Nous terminons notre marche près d’un long hangar où le prêtre Radcliffe nous montre comment la communauté arrive à garder son style de vie dans cette modeste forteresse. « Nous fabriquons des balais et les vendons en ville à Kingston ». Ce balai très simple qui ressemble à un balai de sorcière est fabriqué avec des branches d’arbres. Nous partons avec notre propre balai Boboshanti, un petit trésor pour nous et un souvenir très spécial.

Roark - Boboshanti Fortress, Jamaica
Roark - Boboshanti Fortress, Jamaica
Roark - Boboshanti Fortress, Jamaica
Roark - Boboshanti Fortress, Jamaica
Roark - Boboshanti Fortress, Jamaica

Alors que nous partons, nous nous rendons compte que nos sentiments et nos points de vue ont complétement évolué pendant ces quelques heures de visite. Nous dévalons la route de gravier. Alors que nos pneus dérapent et que les freins suivent péniblement le rythme, les enfants nous courent après. Certains s’accrochent à l’arrière de notre véhicule, tous sont hilares. Il faut quand même se rendre compte que la montée vers BoboShanti est une randonnée significative. Je chérirai pour toujours la simplicité et la douceur de leurs visages. Ils nous embrassaient et ne vivaient que pour le moment présent. Nous pouvons être tous différents, prier divers dieux et avoir des traditions propres à chacun mais, à la fin, nous voulons tout juste sourire, rire et apprendre à profiter de l’instant. Alors que j’aperçois dans le rétroviseur ces enfants de BoboShanti s’éloignant dans l’ombre d’un soleil couchant, je commence à saisir l’importance du « Give thanks and Praise ».

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