Roark


Oracabessa Fish Sanctuary

WORDS BY REVIVALIST JERRY RICCIOTTI

Un homme en combinaison légère aiguise la pointe de sa lance près du quai. Un joint pend probablement de sa bouche, ma mémoire m’échappe. Il montre du doigt un gros mérou qui navigue sous les quais. Je hoche la tête, peu intéressé par ce gros prédateur qui nage paresseusement sous nous. Ce gros poisson, je l’apprendrai plus tard, n’est pas commun dans cette partie des Caraïbes. Le poisson-lion toujours plus présent, la dégradation des récifs coralliens ainsi que la surpêche ont eu un impact dramatique sur la pêche à Oracabessa. Les pêcheurs ont commencé à remarquer la réduction des populations de poissons il y a des décennies et ont réagi comme n’importe qui : en se rapprochant du récif et en attrapant des espèces de poissons épargnées jusqu’alors.


Le frère d’Ivah, Inilek Wilmot est le gérant de ce sanctuaire à poissons extrêmement populaire à Fisherman’s Beach. C’est l’un des 10 plus gros du pays, le résultat d’une pression gouvernementale pour lutter contre la diminution de la pêche. Sagement, le gouvernement a adopté une approche non-interventionniste à l’égard de ces sanctuaires, permettant aux ONG de se gérer librement et aux communautés de définir où ces zones de non-pêche devaient être créées.

« Beaucoup de Jamaïcains ne savent pas nager » nous dit Ini. « Je dirais que 98% des Jamaïcains n’ont jamais plongé…Ils n’ont jamais eu d’expérience personnelle avec le récif. » Une grande partie de ce que fait Oracabessa, avec un maigre financement du gouvernement et des donateurs extérieurs, est d’éduquer les populations sur l’écosystème très complexe qui se trouve juste en face de chez eux. Amener des enfants plonger permet de démystifier l’océan et, espérons-le, ce mouvement s’amplifiera pour les générations futures.


Une autre grande partie du travail d’Inilek, et pour laquelle il est particulièrement doué, est de travailler avec les pêcheurs pour établir des limites de capture et des zones de pêche autour du récif. Il a pris soin de ne pas définir arbitrairement les différentes zones. Au lieu de cela, Ini a organisé plusieurs réunions entre experts et pêcheurs locaux pour décider des zones de non-pêche dans le sanctuaire.

Ini, qui est un surfeur renommé en Jamaïque, a passé toute sa vie à surfer avec sa famille autour de Buff Bay. Il est un biologiste marin avec un talent particulier pour transformer des théories scientifiques complexes en histoires comestibles pour nous autres ignorants. Ini essaie essentiellement de convaincre les pêcheurs de changer la façon dont ils ont travaillé toute leur vie. Et il excelle à cela, mieux que n’importe quelle ONG bien intentionnée.



« C’est compliqué pour les gens qui ne viennent pas de pays pauvres de comprendre pourquoi quelqu’un tuerait le dernier poisson, tu vois ? Vous devez comprendre ce niveau de désespoir, vous devez réfléchir à ‘comment puis-je protéger ce poisson tout en permettant à la communauté de prospérer ?’. Notre approche a toujours été de considérer le récif comme une source de prospérité, c’est aussi pourquoi il faut le défendre, car il nous permet de vivre – pas seulement parce qu’il est là et qu’il est joli. »

Emmener les enfants plonger est super important pour éduquer la prochaine génération mais c’est le travail d’Oracabessa avec les pêcheurs locaux qui a l’impact le plus immédiat. Depuis sa déclaration en 2010, la quantité de coraux vivants augmente : mégalops, brochets et vivaneaux reviennent et on voit même des thons parfois. Une étude rapporte une augmentation de 600% de la fréquentation de poisson perroquet sur le récif au cours des 6 dernières années. C’est un changement stupéfiant. « L’année dernière, nous avons constaté une augmentation de 1700% de la biomasse de poissons, si vous l’aviez dit aux pêcheurs il y a 6 ans, ils n’y auraient pas cru. »



J’ai tourné quelques documentaires sur la pêche durable en Amérique et j’ai une opinion modestement informée sur ce qui les fait travailler, mais je suis content de ne pas être arriver en ville dans mon costume jetant de l’argent par les fenêtres en parlant de ce qu’a apporté la pêche du vivaneau rouge au Texas. Je préfère écouter Ini.



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