• May 16, 2022
  • WORDS BY Harrison Roach
  • PHOTOS BY Drew Smith & Dylan Gordon

Into The Mystique

Pour le prix d’une grande bouteille de bière à Oaxaca City, j’aurais pu acheter deux tacos.

Pour le prix d’une deuxième bouteille, j’aurais pu avoir quelques tamales chauds, une spécialité mexicaine. La plupart des midis, je sautais le repas, je buvais deux bières et je m’arrêtais dans une mezcaleria, où un bon shot de Mezcal coûtait deux fois plus cher mais faisait quatre fois plus d’effet. Après cela, il se passerait un moment avant que je ne pense à nouveau à manger. Je m'assiérais et adorerais la tradition d’Oaxaca qui consistait à boire de nombreuses petites gorgées de nombreux petits mezcalitos. J'ai été attiré par elle comme un papillon de nuit par une flamme, et à la fin de mon séjour, j’étais brûlé à vif.

Il y avait quelque chose d’authentique dans l’atmosphère de chaque mezcaleria que j’ai visité. Je me laissais tomber à chaque fois dans un état d'observation et de réflexion. J'entendais mais ne comprenais pas, les sens réceptifs à une brise chaude, un coin sombre et frais, un toit chaud en tôle, l'odeur des tortillas fraîches, le son d'une guitare à cordes de nylon, et le baryton profond du mezcalero qui chantait avec. Un de ces musiciens qui jouaient de la musique en échange de Mezcal, dit à un autre que le Mezcal allait faire ressortir l’animal qui sommeillait en lui : « Je suis peut-être un petit lapin niais, qui saute et qui danse. Je suis peut-être un lion, vicieux, effrayant et couronné. Ou alors je suis une tortue, parfois je suis une tortue. Bref » dit-il, « si je bois trop, je finis par parler tout seul ».

Comme tous "bons" ivrognes, je me considérais comme un mélange des trois et chaque nuit, je tentais un parcours sinueux à travers les différentes ambiances des nombreux mezcalitos. Comme la tortue (qui était mon animal spirituel préféré et le moins embêtant pour les autres), je me retrouvais à contempler le mysticisme culturel de Oaxaca. En somme, ce qui était évident à Oaxaca, c’est que son histoire ressemblait à toute autre histoire de conquête coloniale et de persécutions des populations natives. Mais même une tortue pouvait voir au-delà de l'exubérance espagnole et reconnaître que les indigènes de Oaxaca avaient conservé leur fierté culturelle et leur indépendance. Je me demandais quelle était la portée d'une terre où le spiritualisme traditionnel indigène continuait à prospérer aux côtés du catholicisme. Et soudain, je me suis rendu compte que je m'étais un peu emballé avec la tortue et les mezcalitos. Mais j'ai bien fait de le faire, car cela a changé ma façon d'interpréter et de vivre la spécificité culturelle des nombreuses villes de la région.

Après la très coloniale ville d’Oaxaca, classée au patrimoine mondial, nous avons atteint les sommets brumeux de la Sierra Madre Norte (où Matt a rencontré Luna et Mazatec a rencontré Jazz). De retour dans la vallée de Oaxaca, nous avons traversé des plantations d'agaves avant de parcourir la Sierra Madre Sur. A San Jose, pour le prix de quatre bouteilles de bières, nous avons goûté un thé local aux champignons et avons décollés pour la stratosphère. En moto de San José jusqu’à la côte, en 300km, nous n'avons pas rencontré un seul tronçon de route droite de plus de 100 mètres de long. Nous avons terminé le parcours avec nos Royal Enfield 400cc qui ont roulé plein gaz toute la durée du trajet.

Le long des pointbreaks, les journées étaient brûlantes et les soirées se terminaient dans une légère brume. Le Mezcal était moins cher, il avait plus de bulles et était servi dans des bouteilles en plastique mais il a continué à donner le ton. La plage était un lieu où les cultures se rencontraient, se heurtaient et créaient quelque chose de nouveau, un lieu de fusion. Au fond, je me sentais comme les surfeurs d’ici. Dans mon for intérieur, j'étais conscient des longues histoires qui avaient précédé notre rencontre, ainsi que du caractère éphémère de celle-ci. J'étais dans l’action, réceptif et réfléchi, en errance à Oaxaca. L'endroit où la vie s'étendait vers l’au-delà d'une manière qui était en quelque sorte différente - en quelque sorte plus significative, et j'ai fait de mon mieux pour profiter de ce mystique.