Roark

  • June 8, 2020
  • WORDS BY Beau Fleminster
  • PHOTOS BY Alan Van Gysen

Sunda Sabbatical

A recalibrating stint a world away from the frenetic mainland

Quelque part dans le détroit de la Sonde, au large de la côte Ouest de Java, la légendaire caldeira de Krakatoa se profile au loin. Muz nous explique les règles à bord du Just Dreaming: pas de chaussures sur le bateau et ne pas utiliser les toilettes. Ivah et Parker se regardèrent: "Alors...où est-ce qu'on chie?". Muz pointe l'océan du doigt: "Ça sortira plus facilement dans l'eau et vous en reviendrez plus propre!".


Notre destination était à des années-lumière du chaos de la ville. Notre excitation et notre espoir étaient palpables, audibles même à la musique de nos voix, à nos danses sur le pont d'embarquement. Rod a passé du Gregory Issacs sur l'enceinte portable et un sentiment de plénitude nous (Vez, Rod, Ivah, Park, Jb, AVG et moi-même) a envahi. Ce sentiment unique à ce genre d'expédition, sur un bateau, à l'autre bout du monde, en route vers des vagues vierges et parfaites. Si seulement on pouvait l'encapsuler dans une pilule...


J'oubliais une autre règle: si l'un d'entre nous allait surfer la gauche un peu violente au bout de la baie, une combinaison et un casque étaient obligatoires. Cette règle était non-négociable selon Muz. Muz est un kiwi (néo-zélandais) basé à Bali qui possède quelques restaurants et ce bateau. Au long des douze dernières années, il est venu sur cette île inhabitée au large du parc national d'Ujung Kulon pour surfer et plonger. Un véritable bonhomme, Muz parle de sa Harley comme si c'était une femme. Il a des histoires d'une demi-vie d'expatrié à Bali qui feraient rougir plus d'un lascar.

Alors que nous naviguions dans une soirée couleur pêche, les canettes de Bintang allaient s'écraser dans le compacteur toutes les 30 secondes. Muz estima alors, en voyant les lignes de houle, qu'une gauche nommée Napalms devrait marcher le lendemain matin. Parker, Ivah et Nate étaient déjà en train de déballer leurs sacs pour en sortir leurs planches toutes neuves. Il s'avéra que les prévisions du capitaine étaient justes...

"How bad is it?"

Je demande à Nate, en tournant la tête. Je n'étais sûrement pas le premier à poser la question puisque le récif qui abritait cette vague était tranchant comme un rasoir. Je venais d'être balancer par une vague sur les têtes de coraux presque sèches. En regardant le pont de ma planche, je me rendis compte que du sang ruisselait et se dissipait dans l'eau translucide...Il s'agissaient de simples éraflures sur mes poignets.


"C'est bon, je ne pense que tu aies besoin de points de suture" me dit alors Nate. "Allons en prendre quelques autres avant que la marée ne soit trop basse." Je hoche la tête et nous pagayons vers les vagues pour notre deuxième des trois sessions de la journée sur cette gauche creuse.


Nous avons quelques autres gauches dans la baie et même une droite presque impraticable mais Napalms nous a délivré des tubes pendant plusieurs jours. Quand la marée devenait trop basse et que le récif sortait à la surface, nous partions explorer les sites de plongée des environs et sauter de falaises. Vez, Muz, Rod et Ismanto s'équipaient et nous ramenaient le diner (poisson), apparemment une ressource décroissante ici, même au large d'une île protégée au patrimoine mondial de l'UNESCO. Ismanto, habitant à l'est Java avec ses quelques épouses, nous raconta qu'en venant plonger près du parc national, il avait aperçu une panthère noire qui avait erré dans la jungle à la recherche de poissons laissés par la marée. Il n'avait jamais rien entendu ou vu de similaire auparavant, preuve d'un climat en rapide évolution. Plonger derrière lui est inspirant. Dans cette région actuellement surexploitée, il est sélectif et précis, ne recherchant que des poissons spécifiques dont il sait qu'ils ne sont pas épuisés. Et il ne manque jamais son coup.


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