• April 28, 2022
  • WORDS BY Harrison Roach

Ferme-la et continue de courir

Alors que j’attendais sur la ligne de départ de ma 1ère course depuis le lycée, une dame en tenue officielle me dit : « Vous courez seulement 25km ? ». Seulement 25 km ? Elle plaisantait ? J'étais là, me demandant si j'arriverais à franchir la ligne d'arrivée, et cette dame insinuait que 25 km, ce n'était pas grand-chose. Ses propos se sont toutefois replacés dans leurs contextes quand les hommes et femmes des catégories 80 km et 100 km, semblables à des machines, sont apparus et ont commencé à gravir la colline jusqu'à la ligne de départ de mon humble catégorie. Juste pour arriver là, ils avaient couru 25km. Pendant que je les regardais remplir leur gourde, éplucher des bananes et boire des gorgées de Coca-Cola, je me suis dit : « D’accord Madame, je vois ce que vous voulez dire ».

Lorsque j’ai atteint les 30 ans, j’ai réalisé que si je voulais courir, je devais commencer petit à petit pour progresser. Dès lors, mon expérience de la course à pied a été marquée par la découverte de nouveaux horizons. Des distances qui me paraissaient au départ, inatteignables, sont désormais faciles. C’est ainsi que j’ai repensé aux hommes et femmes qui se réhydrataient à la borne des 25 km… Peut-être que mon avenir me réservait une course encore plus longue ? Retour à la réalité… Avant que des distances aussi importantes ne soient envisageables, j’avais des préoccupations réelles et immédiates, à savoir la promesse que je m’étais faite de courir lentement et régulièrement.

J’ai rompu cette promesse au départ, quand j’ai laissé mon excitation prendre le dessus et que j’ai couru les 5 premiers kilomètres comme si j’allais m’arrêter au bout du 6ème. J’étais juste arrivé à la borne du kilomètre 13 quand j’ai réalisé le peu d’énergie qu’il me restait pour finir la course. Peu après, le thermomètre a atteint les 30 degrés et je me suis rendu compte que j’aurais dû boire davantage. Encore une dure leçon. Au kilomètre 15, j’ai commis l’erreur de me retourner, et j’ai aperçu une femme d’une soixantaine d’années qui se rapprochait. La poursuite péniblement lente, à laquelle je m'étais abandonnée dès que je l'avais vue, s'est terminée après les 2 km les plus longs de ma vie. Je l’ai applaudi et lui dit ai dit qu’elle était mon modèle. Lorsqu’elle est passée devant moi, elle m’a dit simplement : « Ferme-la et continue de courir » haha. Et c’est ce que j’ai fait jusqu’au kilomètre 20 environ, où la course s’est ensuite transformée en une alternance marche/course, marche/course.

Pendant les 5 derniers kilomètres, j'ai applaudi une bonne dizaine d'autres personnes de toutes corpulences et de toutes tailles, en pensant à cette vieille fable du Lièvre et de la Tortue. J’ai persisté jusqu’à l’arrivée et j’ai atteint la ligne en essayant de paraitre le moins exténué possible, ce qui n'a pas semblé convaincre le commentateur, qui a poliment fait remarquer que j'avais « l'air beaucoup plus en forme au départ ». Haha.

C'est vrai, j’étais à bout de souffle, mais au moins, j'avais beaucoup de dopamine ! Maintenant, c’est le retour au papier crayon pour élaborer un nouveau plan d’attaque, et voir si je peux de nouveau faire la distance, sur un parcours différent, avec plus de retenue et une meilleure condition physique et peut-être qu’au bout d’un certain temps, je pourrais même augmenter la distance parcourue.