Roark

  • 24 juin 2021
  • WORDS BY ANYA VIOLET AGHABABIAN - INTERVIEWÉE PAR CHRIS NELSON
  • PHOTOS BY JENNY LINQUIST

LES RÊVES VIOLET DES SABLES DU SAHARA

PERSPECTIVE SUR HUIT FEMMES À MOTO PENDANT HUIT JOURS À TRAVERS LE MAROC

Elle est comme la gravité, et quiconque se trouve près d'elle ne peut s'empêcher d'être attiré par elle. C'est une qualité naturelle d'Anya Violet Aghababian, 35 ans, co-fondatrice des événements moto extrêmement populaires "réservés aux femmes" Babes Ride Out et Babes in the Dirt, et co-fondatrice de la société de vêtements de moto pour femmes ATWYLD. Elle est intrinsèquement, délicieusement magnétique, et est l'une des femmes les plus influentes de la communauté moto. Récemment, Roark a rencontré Anya et en a profité pour lui demander, entre autres, de se remémorer l'année dernière lorsqu'elle et sept autres femmes ont piloté des enduros KTM à travers le désert du Sahara.



ROARK:

Tout d'abord, où en es-tu actuellement dans ta vie dédiée à la moto ?


ANYA:

Je fais de la moto depuis l'âge de sept ans. J'ai fait une longue pause lorsque je suis allé au lycée puis à l'université, mais je m'y suis remis au début de ma vingtaine et je roule quasiment tous les jours depuis. Donc, depuis plus d'une décennie, je suis de nouveau à fond dans la moto, mais je dirais que je n'ai pas encore atteint de sommet. J'apprends et je grandis sans cesse et j'essaie d'être toujours une meilleure motarde. Je suis le genre de personne qui essaie constamment d'améliorer mes compétences, d'apprendre et de grandir. Je suis là pour le plaisir, mais je suis aussi là pour me dépasser, me challenger et essayer différentes disciplines.

CONNECTÉE AU DÉSERT

R:

En ce moment, une grande partie de ta conduite est axée sur le tout-terrain, non ?


A:

Ouais, à peu près. Depuis mon accident (​​une voiture a déboulé juste devant moi et m'a percutée, me cassant fémur, bassin et poignet), je ne suis plus vraiment intéressée par rouler longtemps au milieu des voitures. Le tout-terrain est ma vraie passion de toute façon. Je veux dire, j'ai commencé à faire du tout-terrain quand j'étais toute petite, donc finalement ça a toujours été mon truc.



R:

Bien que tu fasses du tout-terrain depuis ton enfance, avais-tu déjà vécu quelque chose de comparable à votre périple de huit jours à travers le Maroc et le désert du Sahara ?


A:

Le Maroc était le premier grand voyage que je voulais faire, celui pour me prouver que je pouvais vraiment me remettre à la moto après mon accident. Un groupe de bonnes copines vraiment, vraiment géniales que j'admire beaucoup partaient en voyage, et je me suis dit : "C'est ce dont j'ai besoin." J'avais l'impression de vraiment me prouver que je pouvais venir là-bas avec elles et sortir de ma zone de confort... C'est pourquoi ce trip était hautement symbolique pour moi. De plus, j'avais toujours eu envie d'aller au Maroc, parce que c'est incroyablement beau là-bas, et j'aime aussi la sensation d'être à moto jour après jour, naviguant sur des terrains inconnus et découvrant les sites magnifiques d'un pays où je ne suis jamais allée auparavant. Tout dans la façon dont le voyage s'est déroulé était exactement le type d'aventure que j'aime vivre.



R:

Cela fait presque exactement un an que ce voyage a eu lieu. Comment résonne-t-il encore dans ta vie, et comment te sens-tu en y repensant ?


A:

C'est toujours super présent dans mon esprit pour plein de raisons. Je veux dire, je peux fermer les yeux maintenant et me rappeler être au sommet de cette dune de sable de 120 m de haut, regardant une mer de sable sans fin, avec ses dunes à perte de vue, et me sentant éloignée de tout... Je veux dire, vraiment la sensation d'être seule au monde. J'étais plus loin de la civilisation que je ne l'ai jamais été de toute ma vie. Ce sentiment est difficile à décrire, mais c'est addictif. Je veux dire, tout ce que vous avez, c'est cette moto, ce que vous avez emballé et pris avec vous, et vos potes, les personnes avec qui vous êtes en ce moment, à cet endroit là. Cette existence ultra-simplifiée et le fait d'être si éloignée sont juste... C'est une magnifique perspective.



R:

Tu as vécu cette aventure avec sept autres femmes. Peux-tu décrire les différentes personnalités de votre groupe de motardes, et comment cela a-t-il influencé votre aventure ensemble ?


A:

Nous étions quatre Américaines et quatre Britanniques, et je les connaissais déjà presque toutes. Tous les Américaines, je les connaissais des précédents événements Babes Ride Out et Babes in the Dirt. Malary Lee vient aux événements depuis des années, et elle possède cet esprit super aventureux et est une motarde incroyable. Ensuite, il y avait Jenny Linquist, qui est photographe et une motarde incroyable aussi ; je l'avais aussi rencontrée via Babes Ride Out. Leyla Hujer est originaire de San Francisco, et ce trip fut l'une de ses premières vraies aventures à moto hors du pays. Elle était ma colocataire, alors nous sommes devenues vraiment très proches. Il y avait aussi Caylee Hankins, une photographe basée au Royaume-Uni mais qui n'est malheureusement plus de ce monde. Elle était cette toute petite nana mais était une motarde super talentueuse… rapide et intrépide. Elle donnait en quelque sorte le rythme pour nous toutes. Il y avait également Ame Pearch, qui était une bonne copine de Caylee, et Natasha Farrar qui était une motarde un peu moins expérimentée, mais qui avait déjà fait le voyage l'année précédente et elle connaissait un peu le désert et était déjà pote avec notre guide. Et enfin, Diana Findlay était une nouvelle motarde qui nous a rejoint à la dernière minute : quelques filles avaient annulé à cause de la pandémie, mais Diana a signé deux jours seulement avant notre départ, cela en dit long sur sa personnalité et sa force de caractère.



R:

Est-ce que rider dans un groupe composé uniquement de femmes a affecté le ton général et la sensation du voyage ?


A:

Oui. Je veux dire, surtout dans de telles circonstances, non ? Nous aurions toutes pu très facilement être incroyablement inquiètes avec la pandémie et tout, et ce voyage aurait pu facilement se transformer en un genre de festival de l'inquiétude et du stress, mais tout le monde était à peu près sur la même longueur d'onde, comme, "Hé, nous sommes dans ce trip. Nous sommes là, nous le faisons. Nous nous amusons et nous ne laisserons rien nous en empêcher." Nous nous sommes toutes alignées sur le même rythme. Nous étions quatre à l'avant, puis quatre des filles qui étaient plus à l'arrière. Mais, ce qui était vraiment cool, c'est que tout le monde avait un système GPS, donc techniquement, vous pouviez simplement être seule et toujours sur la piste. Mais nous voulions toutes rester ensemble. Nous avons toutes aimé nous pousser les unes les autres dans certains domaines ... Sortir de la piste et essayer différents petits sentiers à voie unique et des trucs comme ça. Ce n'était pas nécessairement compétitif, juste des défis amusants. Ce n'était pas une question d'ego, ni d'essayer d'être aussi rapide ou plus rapide qu'une autre. C'était plutôt du genre : "Oh, cool, Caylee est vraiment à fond aujourd'hui. Je vais suivre Caylee aujourd'hui." Ou du genre : "Oh, je me sens un peu fatiguée et endolorie du ride d'hier. Je vais rouler avec n'importe qui aujourd'hui et chiller un peu plus." Je ne peux même pas le décrire... C'était un sentiment tellement chaleureux et accueillant. Je n'oublierai jamais notre réelle camaraderie. Je me sens liée à ces filles pour toujours.



R:

Y a-t-il un moment spécial du voyage qui te viens à l'esprit ?


A:

Eh bien, j'ai été séparé du groupe à un moment donné. Nous étions dans le lit de cette rivière et je roulais dans le sable. Dans le sable, vous devez vous engager vraiment, y passer le cul. Donc, tout le monde roulait à son rythme, et je suis sortie devant et je ne regardais pas vraiment en arrière, parce que peu importe. Je sors enfin du bain de sable et regarde derrière moi, et là plus personne. J'ai attendu 10, 15 minutes, mais j'étais en plein milieu du désert du Sahara, qui n'est pas un endroit vraiment sûr pour attendre longtemps, alors j'ai décidé d'avancer et de rouler très lentement. J'ai pensé qu'elles me rattraperaient, et je savais que j'étais toujours sur la piste GPS, alors j'ai continué, mais personne ne m'a rattrapé. Je suis arrivée dans cette petite ville mais notre guide, Johnny, m'avait dit : "Ne t'arrête pas seule dans les villes, parce que les gens vont vraiment s'agglutiner autour de toi, c'est un peu chaotique", alors j'ai traversé la ville et j'ai trouvé cet arbre au milieu de ce désert effrayant, et je me suis mise sous lui pour avoir un peu d'ombre. J'étais totalement seule au milieu du désert, et j'ai sorti mon téléphone, et j'avais heureusement un peu de réseau dans ce désert effrayant du Sahara (ne me demandez pas pourquoi mais il y a souvent du réseau dans le Sahara), alors j'ai appelé le camion-balai. Ils ont répondu et m'ont dit qu'ils avaient 20 kilomètres de retard parce que quelqu'un avait eu un accident. "Assieds-toi, on viendra te chercher." C'est à ce moment là que j'ai réalisé à quel point j'aimais rider avec ce groupe de filles, et tout simplement être avec elles. Alors que j'étais là toute seule, à faire ce voyage de mon propre chef, la partie la plus agréable était en fait d'être avec le groupe. Elles m'ont finalement rejoint, et nous avons toutes fêté ça le soir en riant, et je leur ai dit : "Oh, mon Dieu. Je suis si heureuse d'être de retour avec vous toutes les filles. Je roule derrière vous pour le reste du voyage. Je veux rester avec vous les filles."



R:

Selon toi, quelles sont les différences entre le fait de rider dans un groupe de femmes et dans un groupe mixte ?


A:

Oh, ça c'est une bonne question. Probablement juste beaucoup plus d'enthousiasme et beaucoup plus de commentaires. Beaucoup plus de discussions entre les rides et plus d'encouragements mutuels. Quand nous arrivions devant un passage technique et délicat, nous nous arrêtions et nous nous attendions les unes les autres pour le traverser, et nous nous encouragions les unes les autres. Je veux dire, je vis ça aussi avec mes amis mecs, mais parfois c'est juste plus amusant de rouler avec juste des filles. Il est difficile de déterminer exactement pourquoi et comment c'est différent, mais je veux dire, c'est vraiment le cas. Je pense que c'est juste une question de feelings de femmes. Conduire des motos est parfois une expérience un peu différente et un peu plus difficile, simplement parce que la plupart des motos sont construites pour les gars, et il y a donc toujours un peu plus de lutte partagée. Quand vous êtes toutes dans le même bateau, et que vous avez plus ou moins toutes le même gabarit, la même force et les mêmes capacités, alors vous êtes juste... Je ne sais pas, ça ressemble un peu plus à une équipe soudée qui va y arriver toutes ensemble.



R:

Votre voyage au Maroc a réellement célébré les femmes motocyclistes. À ton avis, à quel point est-il important pour la communauté moto de continuer à célébrer les femmes qui roulent ?


A:

Je veux dire, j'aime qu'on soit célébrées, et je ne suis pas du tout en colère contre ça. Je sais vraiment qu'il y a un privilège à être une motarde en ce moment, dans un contexte global comme celui-ci, et j'en ai tout à fait conscience. Je suis la première à l'admettre. Je pense qu'il y aura un moment dans le futur où le fait pour une femme de rider une moto ne sera plus aussi unique, et donc moins digne d'être célébré, et je pense que ça sera bien aussi, car cela signifiera que nous aurons vraiment atteint notre objectif, qui est de réellement démocratiser la moto pour les filles. La moitié de tous les motocyclistes devraient être des femmes, et je pense qu'en le présentant aux femmes de manière vraiment adéquate, nous y parviendrons très bientôt.



R:

Comment peut-on éliminer la stigmatisation trop bien établie des femmes dans le monde de la moto, et changer le canon culturel ?


A:

I try to lead by example. If I can be seen as a woman that rides a motorcycle and it looks natural and not forced or whatever... I think that the more women we see on motorcycles, the more it becomes hard to say that it's a minority or hard to say that it's in some way special or unique in any way. So, my stance is more to just lead by example, versus trying to amplify the narrative of like, "Oh, there's less women that ride. We are underserved in the market because there's less women. No one makes bikes for us." I think that narrative is just not productive. It doesn't inspire anybody to change things. I think what inspires people to change things or to amplify things is just by freaking doing it. Everything that I do is dedicated to that ... just get out there and do it, and be really intentional about it. Us going to Morocco I would hopefully inspire another woman to be like, "Oh, shit, I can go to Morocco and freaking ride dirt bikes through the desert. I can do that." That's our contribution to try to change the narrative of "not as many women riders", and "women are underserved,” because I think it's really easy for people to just sit around and complain rather than go out and actually do it. If you're mad there isn’t enough gear for you as a woman rider, start a company and fill that void—that’s what ATWYLD is. And if you're mad about not knowing that many other women that ride, start an event that's only for women that ride, and you'll meet so many new friends. That's my personality. Just go out there and do it. Everything else will follow.

"C'est toujours super présent dans mon esprit pour plein de raisons. Je veux dire, je peux fermer les yeux maintenant et me rappeler être au sommet de cette dune de sable de 120 m de haut, regardant une mer de sable sans fin, avec ses dunes à perte de vue, et me sentant seule au monde."

Anya Violet Aghababian

Ajouter au Panier Adding... Merci!
Français
Français