Roark

Boys on the Backs of Beasts by Jeff Johnson

BOYS ON THE BACKS OF BEASTS

BY JEFF JOHNSON

En cette matinée nuageuse, l’air froid est mordant. Andres Kempel, un guide de pêche et de chasse au gros gibier, vient d’arriver et prépare déjà nos chevaux. Il est calme et confiant, un peu vieux jeu dans son attitude. On l’observe depuis l’autre côté de la clôture, jetant les selles de chevaux une cigarette à la bouche tout en organisant son matériel. Prudemment on se rapproche de lui. Il sourit en coin et nous sert la main. Une chose nous paraît clair, soudainement : Andres est une homme, nous sommes des garçons.

Notre chevauchée démarre par un énorme fou rire. Aucun d’entre nous n’arrive à s’installer correctement sur le dos des bêtes. Chief, qui est sans aucun doute l’un des meilleurs skaters des temps modernes, et qui excelle dans tout ce qu’il fait, a l’air si mal à l’aise que ça en devient douloureux à regarder. En même temps c’est un peu comme voir son propre reflet dans le miroir puisqu’on est tous dans la même situation précaire. Chevauchant en file indienne, un petit groupe se détachant parfois, nous nous élevons petit à petit sur le premier plateau. L’Estancia Rincon Grande est au beau milieu de parc nationaux et de terres de ranch. A l’horizon, rien d’autre que des pâturages, des montagnes et des rivières. Nous apercevons un condor géant qui survole un canyon, presque éclipsé par les paysages grandioses environnants malgré son envergure qui doit dépasser les 3 mètres. L’énorme volatile fonce en piqué puis se laisse porter et s’éloigne. Le vent se renforce. Il commence à bruiner. Les vestes sont remontées jusqu’au menton, les chapeaux s’enfoncent sur les têtes. La journée va être longue.

Plus tard dans l’après-midi, notre groupe débarque dans la Valle Frizon. Nous nous frayons un chemin sur un flanc de montagne escarpé, là où la vallée s’ouvre sur des plaines verdoyantes. Il neige désormais. Des flocons immaculés tourbillonnent autour de nous en rafale. Nous ralentissons pour faire une pause et nous réunir. Les chevaux traînent les sabots après cette dure randonnée, s’ébrouant et montrant les dents, de la fumée s’échappant de leurs naseaux. Les cigarettes roulées et la flasque de whiskey passent de main en main. Nous n’échangeons que peu de mots. Personne ne veut être le premier à l’admettre...mais je finis par entendre quelqu’un grommeler avec les dents serrées, « Putain il fait froid. »

Il est déjà tard quand nous commençons à installer le camp de chasse. Le soleil que nous n’avons jamais aperçu s’est couché derrière les montagnes au loin. La neige s’est arrêtée. Nous montons les tentes et préparons les lits superposés dans une cabane au sol en terre battue. Le moral s’améliore un peu quand le feu s’allume et que le repas se prépare. Demain nous irons chevaucher comme des fous, nous construirons une hutte à sudation près du ruisseau, nous boirons toujours plus de vin rouge et serons réveillés par des sueurs nocturnes après un festin de viande la veille au soir.


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