Roark

Déconnexion en pleine Mer de Chine Méridionale

Nous avions besoin de faire un break, de décrocher et de nous échapper.
Par Beau Fleminster


Nous dérivons vers les îles brumeuses de l'archipel Ninepin à la recherche de bons spots de pêche et de plongée, mais nous découvrons en fait des saillies parfaites et des corniches vertigineuses surplombant la mer.
Le vieux quartier portuaire de Sai Kung, situé à l’extérieur de la ville, dans la province des nouveaux territoires de Hong Kong, fourmille de monde et d'activité, même en milieu de matinée. Cela fait environ une heure que le bus nous y a déposés et tout le monde s'est dispersé comme des cafards à la recherche de matériel de camping et autres produits de première nécessité. De la bière. Un petit déjeuner. De l'eau. Encore de la bière. Une autre tente. Des accessoires illégaux de chasse sous marine. Un autre tapis de sol. De la bière. Mais lorsque nous arrivons tous à bord du bateau charter flottant comme une voiture d'évasion aquatique sur le dernier quai en béton, nous savions que nous étions au bon endroit.
Le jeune Mikey C nous regarde avec un air sérieux alors que nous organisons le dernier sac d’équipement et la palette de Tsingtao, et nous dit, tout en ruisselant de sueur comme nous tous : "Préparez-vous à vous déconnecter. Nous serons seuls au monde une fois arrivés aux îles." Préparez-vous à vous déconnecter. Le message résonne dans nos cages thoraciques comme un chant grégorien. Comme un mantra tibétain. Comme un hymne communiste. Comme un haïku repéré dans les cumulonimbus depuis le sommet d'un pic enneigé lointain.
"Ça, c’est ce que j’aime entendre", sourit Jamie en retirant sa chemise trempée pour la suspendre à la balustrade tribord.


Nous quittons donc Sai Kung et prenons le large vers les îles embrumées de l'archipel Ninepin qui somnole à l'horizon. Il est presque midi maintenant, et nous ouvrons tous des bières pour fêter le départ, tout en remplissant à nouveau la glacière avec des bières chaudes. Cela fait cinq minutes que nous sommes partis et, bien que nous savons tous que ces bières ne dureront pas plus longtemps que le premier jour de cette escapade de trois jours, il vaut mieux taire certaines vérités.


Nous avions dû quitter Kowloon, ne serait-ce que pour quelques jours. Il y avait trop de lumières, trop de routes, trop de bâtiments, trop d'options - trop de tout, à profusion. Nous devions réduire le rythme, nous déconnecter et nous échapper. Nous devions installer le camp.


Le capitaine apparaît sur le pont principal, se présente et je me demande qui est à la barre pendant ce temps. Son nom est Sun, c'est un petit Cantonais nerveux qui pourrait aussi bien avoir 45 ans que 75 ans, c’est très difficile à dire. Capitaine Sun est toujours pieds nus, en short noir avec un t-shirt blanc impeccable, portant des lunettes de soleil de haute couture sur son visage bronzé en permanence. Il ne parle pas anglais, sourit souvent et semble avoir rarement, voire jamais, mis les pieds sur la terre ferme. Nous devenons instantanément ses compagnons d'âme.


Non loin de l'une des îles Ninepin, Elvis, Rod et Jerry embarquent dans un canot pour aller pêcher, tandis que le reste d'entre nous s'amuse, depuis le toit du bateau, à faire des backflips et autres sauts acrobatiques dans les eaux chaudes et cristallines de la mer de Chine méridionale. Je vois Parker debout, pensif, les talons écartés, se positionnant correctement. "En fait, je n’ai jamais fait de backflip avant", rit-il nerveusement. Ivah saute sur lui pendant qu'il ajuste ses pieds, mais Parker réussit quand même parfaitement son atterrissage. "Cela m'a pris 22 ans pour faire ça ?" crie-t-il depuis l'eau.


Nous faisons le tour des petites îles désertes à la recherche de bons sites de pêche et de plongée mais nous découvrons en fait des perchoirs parfaits et des superbes corniches surplombant des eaux profondes. Des putains de rochers pour sauter ! Nous poursuivons notre exploration des falaises basses et des colonnes de rhyolite volcanique pour trouver une anse invitante offrant un atterrissage serré et profond. Ivah tourne immédiatement les talons, et sans y réfléchir à deux fois, saute en arrière avec élégance.
En relaxant dans la crique, nous nous émerveillons de cet après-midi où tout ce que nous avions besoin de faire était de sauter de quelques rochers dans la mer. C'était juste le contraire de la profusion, l'opposé de la suractivité et de l'abondance qui règne en maîtresse à Hong Kong. Ou peut-être n'était-ce pas. C'était une âme prolifique.


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